L'adage disait que la plupart des longs métrages sont des courts métrages trop longs... Celui-ci se vérifie hélas souvent, à l'heure où les seconds sont des obscurs avatars
des premiers.
Très bien merci, Film d'Emmanuelle Cuau, 2007.
Un comptable ordinaire, un soir, à l'occasion d'un contrôle de police dans la rue décide de rester regarder, pour "comprendre". Les policiers lui demandent de s'écarter, le ton monte, le gêneur
passera la nuit au poste. Pour vouloir faire valoir ses droits le lendemain matin il sera expulsé du poste de police au petit matin, dirigé dans un hopital psychiatrique. L'histoire pourrait
s'arrêter sur ce malentendu touchant parce qu'ordinaire, tout un chacun rêvant un beau jour de se rebeller contre le flicage ambiant que tous subissent du boulot au dodo, mais le bat blesse:
l'entrée à l'hopital psychiatrique du contrevenant comptable marque la fin du premier acte, autrement dit de la première demi-heure. Une misère pour un cinéaste, un film trop court n'est hélas que
trop vu. D'un des maux bien actuel du cinéma français, un autre se raccorde dés lors; autrement dit comment un scénariste peut à sa guise prouver qu'une bonne idée peut permettre de
produire un sacro-saint long métrage.
La scène d'arrestation sera très largement raccourcie dans la bande annonce, qui pour être intéressante, n'en fut pas moins raccoleuse, surfant sur l'atmosphère des lendemains de
l'élection d'un president/ministre de l'intérieur aussi décrié qu'adulé alors.
A peu de choses près, voici l'échange:
"Tu dégages, tu parles le français?
_Non pas celui-cu, pourquoi vous me tutoyez?
_Bon, tu as gagné, au poste"
L'illusion n'en sera que plus parfaite: la bande annonce est bien celle du court métrage que
Très bien merci n'aurait jamais du cesser d'être. Les
longueurs, passée la première demi heure en deviennent si pesantes qu'elles découlent jusqu'à une mise en scène langoureuse embarquant les acteurs. Perdus, assomés pour en devenir assomants, ils
porteront tant bien que mal un script vidé de sa substantifique moelle, privé en route de son message. Licencié après un long exil forcé dans une clinique psychiatrique, notre comptable tombe
dans une pathétique recherche d'emploi, (ses cours d'anglais en témoignent) conclue miraculeusement bien sur un nouvel artifice de scénario à peine masqué. On ne peut hélas trop tirer sur une
corde, un jour ou l'autre elle s'effrite, et l'on risque d'y perdre le premier de cordée.