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L'alter ego que je suis aime parler de tout et de rien... Au fil de mes journées, les principaux billets parleront d'images surtout, qu'elles soient cinématographiques, télévisuelles et bien d'autres.
Des billets sur le foot abyssal de la cinquième division suiveront.
Le vieux John Rambo a désormais fini de débarquer au cinéma, mais a malgré lui occulté la diffusion sur canal plus d'un de ses alter ego qui, à défaut d'avoir eu l'honneur
d'une sortie en salles, n'en était pas pour autant indigne d'intérêt.
De prime abord, Rambo ce fut d'abord un film assez quelconque. On y racontait sans prétention le retour
d'un vétéran du Vietnam comme un autre, un honnête bon gars qui l'air de rien n'avait pas l'air de devoir faire du mal à une mouche: il avait visiblement trop souffert pour incarner autre chose
qu'un nounours sans âme. Seulement les voix des blessures de guerre sont impénétrables. Un sherif provoqua un vagabond qui jusqu'alors n'avait pas de nom, menant malgré lui le déterminisme
remettant en marche une machine à tuer à peine rouillée. Un des filons les plus célèbres du cinéma hollywoodien fut crée: vînt deux autres films, puis un mythe.
Seulement celui-ci était déjà gangrénée de l'intérieur: porteur de tous les fantômes d'un sujet qu'il n'a finalement jamais réussi à correctement embrasser, la guerre du Vietnam, et à défaut même
de correctement l'incarner, la course poursuite intertextuelle qui en a été donnée au cours de la triologie est progressivement tombée dans le pathétique, un sentiment profitant joyeusement au
destin aussi banal que culte de son personnage principal.
Ainsi, pour avoir été pris comme
l'alibi sous-jacent à une petite histoire qui devait devenir grande, le Vietnam en est au fond devenu un acteur, un personnage au sens propre. Il en hanta le récit du premier film jusqu'au point
d'en constituer rétrospectivement un long et unique flash-back du second, qui posait son action directement sur le terrain hanté. Il fallait alors rejoindre spatialement les souvenirs de guerre
d'un homme qui pour n'en avoir que trop peu parlé lors du premier rendez vous devait revivre son passé.
C'est là où, d'un malentendu dans l'adaptation du roman original s'est petit à petit construit une machine par laquelle toute idée de scénario et de cinéma se sont asphyxiées. Le Vietnam n'en
réussit que plus mal son mariage avec Rambo, pour n'avoir avec lui que peu de poids dans la conduite de son destin. Ce n'est pas le Vietnam qui est responsable du deus ex machina du premier
épisode, menant un sherif tatillon sur les pas de Rambo. Ce n'est pas le Vietnam qui rappelle John Rambo lors du second opus, mais l'Etat-major de l'armée américaine, qui pas plus que son poulain
n'arrive à faire le deuil du traumatisme américain le plus ancré dans la mémoire collective. Rambo III, isolé n'a qu'une enveloppe d'avatar détourné à porter tant bien que mal, là où le Vietnam
n'a plus de sens et d'espace: il n'est même plus nécessaire de le produire comme caution.
Rescue Dawn y habitera dés ses premières mesures, pour ne jamais le quitter. A cette occasion Werner Herzog retrouve la jungle évoquant
Aguirre, la colère de Dieu dés la chute du pilote incarné par Christian Bale, entre deux Batman.
Le film porte longtemps sa croix: chaque rizière, chaque bout de verdure tropicale porte son lot de traumas personnels qui
rendent bien à tous ceux endurés par Rambo. Mais il n'est pas là, pas dans cette jungle qu'Herzog filmera à hauteur documentaire sans jamais se renier. Le pilote est arrêté et torturé, tout au
long d'un premier acte pas encore cependant totalement émancipé des conventions narratives les plus convenues. Puis, au cours d'une scène de repas lors de sa détention, une scène visiblement
anodine, Christian Bale va sourire, et manger une pleine poignée de vers, encore vivants. Le quotidien c'est l'enfer: la décontraction du personnage touche comme une flèche à tête explosive...
mieux: le film d'Herzog passe du côté le plus traumatisant de la guerre du Vietnam, en normalisant diégétiquement une horreur que le spectateur ne peut alors plus faire sienne , sans aucun effet
dramatique.
D'un abîme mesurable à hauteur de sangsues... Rambo les porta comme des stigmates, Herzog les fait porter comme des animaux domestiques qu'on chasse avec langueur, comme si tout
cela était bien normal. D'une telle contradiction, touchant aux limites du burlesque, le drame en ressort plus naturellement, sans prévenir, comme un Rambo caché dans un tronc.
Les héros d'Herzog, fuyards dans une jungle hostile peuvent jeter leurs armes à feu, trop lourdes pour une fuite déjà épuisante sans bagages, le pilote peut même réciter des discours de fin
atrocement moraliste pour clore son film. sur sa seule bande son répertoriable: il n'aura pour ses souffrances pas plus de lourde caution à porter.