Publicité

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Samedi 15 mars 2008

La succession sur France 2 de deux programmes, un documentaire des années 80 et un docu-fiction du 21ème siècle,  atteste d'une évolution bien symptomatique des carcans de la production TV. 





A l'heure où les rediffusions fleurissent et les pubs se tarissent il est parfois possible de revoir des raretés, des ovnis télévisuels, des témoins d'une période cathodique parfaitement révolue: les années 80. La vie y est ainsi faite qu'il faut se faire au temps qui passe, chaque jour n'étant pas sans marquer de nouvelles étapes avec tout ceux qui les ont précédés: l'accumulation des pas pourrait ainsi presque faire oublier la meilleure façon de marcher. 
Faites entrer l'accusé est rediffusé tard dans la nuit du Jeudi au Vendredi. Ce soir-là, Chasseurs de cyclones lui succéda. Le premier programme est un succès pérenne pour la chaîne depuis quelques années, le second un désormais obscur documentaire signé d'Alain Gillot-Petré. De cette improbable confrontation le (rare) spectateur potentiel n'a pas grand chose à retenir ou observer. D'ailleurs, quelle observation? Remplir une grille de programmes pour une grande chaîne hertzienne ne doit pas être une synécure, lorsque les noctambules ne sont plus assez nombreux et attractifs pour constituer une cible aux yeux des publicitaires. Passée une heure, la pub n'existe déjà plus sur le service public. Il ne reste que des rediffusions de programmes clés, et des vieilleries, un mariage sacrément improbable donc. 

Mais la télé ne marche plus, elle court, et continue de le faire opiniâtrement. Dépoussiérer un documentaire granuleux n'a pas plus de fonction que de continuer à émettre pour le restant de la nuit, tant bien que mal... 

"n'importe quoi, mais continuez à émettre..." 

On commence par entendre un générique joué au synthétiseur se greffant en fondu à l'ouverture sur un travelling le long d'une allée de palmiers, sur fond de ciel bleu. La musique est laide, électronique, le genre de thèmes trafiqués sur un ustensile à peine maîtrisé par son auteur "parce qu'il fallait une musique de fond" qui, heureusement, s'éteint aussi vite qu'elle est apparue. Après un générique en grandes lettres blanches tramblotantes, une voix off résonne. Elle est tout de suite familière, mais ne se laisse pas reconnaître si facilement. Un timbre fort, un propos didactique... puis les neurones endormies se réveillent: elles identifient Alain Gillot-Petré, dont le nom m'avait échappé lors du défilé de nom sur la palmeraie. Le sujet n'est pas du tout d'actualité, le propos a vieilli, l'intérêt est ailleurs: de ce programme témoin d'un temps ancestral, plusieurs choses frappent l'esprit, en l'occurence trois. 

wc_130.jpg


Le premier, la richesse littéraire d'un commentaire qui, à défaut de tomber dans le banal, se laisse volontiers tenter par l'emphase: la description d'une tempête tropicale et des "éclairs zébrant le ciel" n'en est qu'un des nombreux exemples, et touche le spectateur lorsque de nos jours la sobriété du propos journalistique est largement mise en avant dans ce genre d'exercice. C'est là que le bat blesse: là où le sobre touche plus à l'intemporel, par une neutralité objective de la voix off, celle d'Alain Gillot Pétré est passionée, et pour en être reconnaissable, n'en est pas moins datée, clairement reliée à son contexte de production, à un lointain passé: la télé n'aime pas les rides. 
Puis, deuxième point intéressant, le hors-champ n'est pas une fatalité. Lorsque Pétré déambule dans les rues d'une ville sinistrée par un cyclone avec deux témoins, la caméra n'a pas de scrupules à le laisser, au détour d'une série de questions, lui, le narrateur hors du cadre pour y laisser trôner un couple montrant du doigt une maison dévastée, en l'occurence la leur. La présence du journaliste subsite ensuite par le son de ses questions, venant d'un espace dans lequel aujourd'hui aucun reporter ne serait repoussé. La première impression en est d'ailleurs troublante: on attend le retour de notre narrateur dans ce sacro-saint champ, refusant d'accepter de rester aussi longtemps invisible: comment mener une enquête en en disparaissant physiquement? La réponse est ailleurs, dans le sort réservé à la voix off, prolongeant ce partage de la narration entre journaliste et témoin d'une manière radicalement différente des carcans télévisuels actuels. 
Ici le témoin accède autant au statut de voix off que le journaliste lui même. Sur ses mots peuvent se superposer des illustrations iconographiques nombreuses, des plans éclairés sous un jour nouveau par des propos moins formel que celui du journaliste, mais tout autant digne d'intérêt. Le reportage est véritablement polyphonique, et dégage le narrateur d'une trop lourde responsabilité: il ne porte plus le propos seul, pour devenir un médiateur beaucoup plus proche du spectateur.

"Faites entrer l'accusé..."

Sur le banc, le docu-fiction, dont faites entrer l'accusé est devenu sur la grande chaîne publique le principal archétype. Docu-fiction, formule que l'on pourrait décontracter en documentaire fictionnalisé. Un paliatif idéal à l'usure du temps, à la ringardise et à la datation au carbone 14. La docu-fiction ne subit pas le temps, il le remédie. Dés les premières secondes du programme, le générique, très célèbre désormais, joue du Michel Legrand remixé sauce Ariel Wizmann, preuve tangible s'il en est que s'il doit y avoir un rappel marqué dans l'esprit du spectateur aux années 70, (la bande son dont est extraite le morceau est celle de the go-between, de Joseph Losey, de 1970) celui-ci est fait en toute conscience. Le message est clair: le passé n'est plus un poids, mais un écrin.  Ch-Hondelatte-2-2.jpg
Ainsi le narrateur/journaliste, Christophe Hondelatte intervient la plupart du temps dans une pièce austère, ornée d'un bureau où l'un des murs est orné de photos et de coupures de journaux compulsivement collées les unes à côté des autres. Des quais de Paris aux sombres bars reconstitués en studio, les décors retenus pour recueillir les témoignages attestent d'une filiation assumée au cinéma, mais à un genre très marqué historiquement, le polar. (Les plus observateurs noteront que le fameux bureau ressemble étrangement à la pièce quasiment vide où vivait Alain Delon dans le Samouraï)
samourai8.jpg Le samourai, (JP Melville, 1967)


Le lien est incontournable, il en est tout autant lourd de sens: le docu-fiction, en éteignant petit à petit le documentaire télévisuel traditionnel devient une nouvelle icône télévisuelle. Le documentaire n'existe quasiment plus à la télévision, relégué au stade plus noble et distant d'oeuvre cinématographique d'auteurs engagés. En créant sa propre entité, la petite lucarne s'est petit à petit affranchie de la relation de dominant/dominé qu'entretenait la coexistence de deux "genres" de documentaires en concurrence, celui du grand et du petit écran. Désormais, la télévision enjolive ses documents, leur donne et du corps et du rythme: tout parallèle dépréciatif au profit du 7ème art à défaut d'être interdit en devient périlleux. Mieux, la télévision se réapproprie à son avantage les acquis du septième art: ce sont les décors, la bande-son, et le personnage ambivalent du journaliste/narrateur, devenant un personnage à part entière, un acteur, le relai objectif du spectateur. La confusion en est telle que beaucoup de spectateurs attribuent la paternité du programme à Christophe Hondelatte alors que celui-ci n'est crédité qu'en tant que présentateur. 

Bonne nuit les petits

De cet échange accidentel entre deux programmes emblématiques de deux âges de la production télévisuelle, une constatation s'impose. De la télévision parent pauvre de l'audiovisuel, il ne reste plus rien. Celle-ci a petit à petit, sans que nous ne nous en apercevions tous forcément, produit ses propres codes, sa propre identité. Mais elle le fait en "tuant" son père: le cinéma. De toutes les affaires abordées au sein des nombreuses éditions de Faites entrez l'accusé,  autant de projets de bons films, ou plutôt de bons projets de films: le dernier gang, l'ennemi public no un. La télévision mène le bal, elle ne le subit plus. Le temps est révolu où celle-ci attendait le plus souvent le septième art pour toucher un sujet populaire à relatif potentiel de controverse, ou encore temporisait avant d'évoquer des affaires judiciaires encore fraîchement traîtées par la justice. Après avoir construit son pilote sur l'affaire gregory faites entrer l'accusé embraye sur des affaires de plus en plus récentes. La télévision ne cesse de courir. 

 

Par G... - Publié dans : Pleine lucarne...
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus