Une fois n'est pas coutume, je déteste le foot. Mais un ami a accepté de me livrer les épiques récits de ses matches du dimanche...
Le football du dimanche, cela reste un grand moment de surréalisme, une véritable bouffée d'air... dont je ne sais pas encore s'il est bien frais ou nauséabond. D'un tel niveau, dans
les abysses du sport préféré de l'humanité depuis Néanderthal _ici la 5è division départementale_ peu d'observateurs sont revenus, parce qu'ils ne sont d'abord pas venus. Alors j'ai accepté
de jouer la taupe, en étant malin: je me déguise en joueur, je joue même, parfois je touche la balle.
Parfois, j'ai la gracieuse sensation de toucher le cuir, quelques secondes, le reste du temps le regardant d'un oeil triste me passer au dessus, goguenard. Car le football à ce niveau n'est plus
véritablement du football, ou alors plus celui que l'on voit jouer usuellement. Ici le jeu au sol, les dribbles n'existent plus, le dernier ayant été aperçu en 1973. (Le joueur qui en était
apparemment responsable a disparu)
Un mot d'ordre: l'engagement. "Engage-toi, bouge-toi, tant pis dédé on s'en fout s'ils pleurent" voici les doux extraits d'une mémorable partie, jouée sur une terre si sèche que Yannick Noah à
ses grandes heures ne l'aurait pas rejetée.
La veille, Eduardo venait de se faire couper la jambe en deux par un défenseur rugueux, qui serait resté inconnu s'il n'avait pas commis un crime irréparable. Il faut le reconnaître, le choc que
j'avais vu la veille en direct était impressionnant, si impressionnant que le réalisateur ne retransmit même pas le ralenti du tackle manqué. Mais depuis l'incident en question, les commentaires
fusaient, ne cessant de réclamer à corps et à cris la suspension à vie de l'intéressé, Martin Taylor.
Dés le premier abord, cette surenchère populiste du Lundi soir m'a gênée profondément, quand le joueur du foot du dimanche que je suis se rappelait les rigueurs de l'engagement en
football. Sur notre terrain sec, force était de constater que l'engagement licite n'existe plus: il ne reste que l'engagement brut, épuré, le foot d'hommes, retouchant là aux racines d'un sport
ancestral. Difficile donc à un tout petit niveau de faire la part des choses, quand chaque tacle devient une copie du précédent en plus dur, au fur et à mesure que l'agacement monte contre
l'arbitre maison.
Il faut se rappeler la maxime du célèbre Kant: "le foot des fois, ça pique" pour peut être mieux percevoir l'hypocrisie actuelle pourrissant ce sport. Quand la célébration de l'engagement "viril,
mais correct" est si inscrite dans les moeurs, il devient particulièrement casse gueule de reprocher à un mauvais défenseur de n'avoir pas taclé à temps un attaquant plus rapide que lui. Et surtout
de demander bien haut son bannissement : la mauvaise foi actuelle se contenterait d'ailleurs bien d'un bouc émissaire désigné et de larmes de crocodiles sur un attaquant qui ne rejouera peut être
plus. Ensuite, viendrait le dimanche. Et le retour à un engagement encore aussi marqué que la semaine d'avant.