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Jeudi 13 mars 2008
Beaucoup d'acteurs resteront longtemps peu connus ou méconnus. De la foule des acteurs inconnus à la terminologie navrante d'acteur "inclassable", il y a aujourd'hui James Woods. 

Google, James Woods, appuyer sur entrée. "Acteur, Producteur américain, né(e) le 18 Avril 1947 à Vernal, Utah (Etats-Unis) " 
woods.jpg

Je me rappelle avoir trouvé ces premiers renseignements à l'époque où je devais produire un exposé sur Another day in paradise de Larry Clark. Du peu que je m'en souvienne, l'épreuve consistait à présenter un acteur, avec extraits vidéos à l'appui, en en dégageant les principales caractéristiques. Le panel de choix dans la petite salle d'études était hétéroclite, allant d'Alain Delon à Robert de Niro, et je choisis James Woods. Parce qu'il y avait Salvador, un film que j'avais probablement vu trop tôt pour en apprécier toute la substance, parce qu'il y avait aussi ma dvdthèque personnelle, trop limitée pour me fournir un autre choix plus pertinent que celui-ci. Pour autant ce choix ne fut pas un choix par défaut. James Woods est un acteur dont je n'ai pas connu le nom avant d'accéder à l'abstrait statut de cinéphile, mais qui n'a jamais pour autant cessé de me questionner. Inconsciemment je savais probablement déjà que jamais je n'avais vu autant de nervosité transpirer à l'écran. 
salvador.jpg
"Tu... tu peux respirer? Tu... tu peux respirer?" C'était cette scène. Dans une rue, planqué dans l'encadrement d'une porte, un journaliste, lâchant son appareil photo, pour sauter sur un photographe venant de se faire toucher par une rafale d'avion. Une balle a perforé son cou, et James Woods improvise avec une paille de quoi espérer ranimer son camarade. Ce dernier agonise, dans des râles affreux, sans pour autant que le journaliste ne cesse de s'affairer. Je me suis longtemps demandé ce qui m'avait le plus saisi dans cette scène, ce qui avait sûrement saisi d'autres spectateurs que moi. Aucune personne n'aurait imaginé probablement une telle réaction face à un homme agonisant, la gorge perforée, et j'attendait de voir le héros venir consoler son ami pour l'accompagner dans ses dernières secondes, entendait peut être déjà les premières notes d'une musique de circonstance. Non. A la place, il y eut cette fascinante débauche d'énergie, improductive et vouée à l'échec. Toute la caractérisation de ce qu'incarne tacitement James Woods: de grandes performances, sans récompenses. Et alors? Salvador lui valu une nomination à l'oscar du meilleur acteur en 1986.

C'était alors 14 ans après ses débuts au cinéma. En 1972, il obtient son premier rôle au cinéma dans Les Visiteurs d'Elia Kazan. En 1977, il tourne avec Robert Aldrich dans Bande de flics (The Choirboys). Sa performance inaugure une série de rôles de méchants dans lesquels il sera longtemps cantonné. Ce n'est que tardivement que cette catégorisation péréclitera, lui permettant d'habiter des rôles plus en rétention, à l'exemple de Virgin Suicides, où il joue un père de famille d’un cinquantaine d’années sombrant dans la folie après le suicide de ses filles.
Le jeu de James Woods incarne l'ambiguité. Dans un contexte cinématographique et historique où les héros à double facette fleurissaient, il a connu les plus glorieuses heures de sa carrière dans ces années 70-80, tournant avec Sergio Leone et Oliver Stone, le premier à adopter une mise en scène où James Woods pu pleinement s'exprimer. Le héros de Salvador en devint foncièrement humain, par l’énergie que véhicula ses gestuelles et mimiques saccadées.

Brouillonne au premier degré, la gestuelle de l’acteur pose une question de fond sur le cadrage correspondant à son espace d’expression. Cadré trop prêt, ou en gros plan, le film partialise le langage visuel qu’exprime et le visage et le corps de James Woods. 
Contrainte ou non, la mise en scène retraca jusqu’à récemment cette énergie et cette instabilité, pour profiter au mieux d'un charisme injustement choyé dans un registre péjoratif de méchant. Larry Clark, avec Another day in paradise, Prix du Festival de Cognac 1999, fut le dernier à profiter de cette énergie à l'écran. Le fait que cette performance se produisit dans un film typiquement indépendant l'enserra dans une nouvelle marginalité qui en fut indigne, et tout autant injuste.
paradise.jpg



Par G... - Publié dans : César d'honneur
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Commentaires

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Commentaire n°1 posté par Artémis le 16/05/2008 à 11h36
 
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